Le 13 avril 1980, le Pape Jean-Paul II dira de lui:
«Il suffit de jeter un regard, même bref, sur la vie de Pier Giorgio Frassati, consumée en à peine vingt-quatre ans, pour comprendre comment il a su répondre à Jésus-Christ: ce fut la réponse d’un jeune ‘moderne’, ouvert aux problèmes de la culture, des sports (un alpiniste de valeur!), aux questions sociales, aux véritables valeurs de la vie, et en même temps d’un homme profondément croyant, nourri du message évangélique, au caractère ferme et cohérent, se passionnant au service des frères et brûlant d’une ardente charité qui le menait selon un ordre de priorité absolue, aux côtés des pauvres et des malades… Le christianisme est joie: Pier Giorgio était d’une joie fascinante, une joie qui surmontait aussi tant de difficultés dans sa vie, car le moment de la jeunesse est toujours un moment d’épreuve de forces».
Le bienheureux Pier Giorgio Frassati est né à Turin le 6 avril 1901. Son père Alfredo, est sénateur et fondateur du célèbre journal italien, La Stampa. Sa mère, plus croyante et dévote que son père, est artiste peintre. Pier Giorgio n’a qu’une sœur plus jeune que lui, Luciana, avec qui ils forment « la paire ». Ils sont d’autant plus complices que l’ambiance familiale est rendue pesante par la détérioration croissante des relations entre les parents.
Un homme qui sait où il va : verso l’Alto !
Amour de la montagne et de la Vierge Marie La famille possède une résidence dans le Piémont à Pollone, au nord de Turin, près d’un célèbre sanctuaire marial, Oropa où l’on vénère une Vierge noire. Ce seront deux grands amours pour Pier Giorgio : les sommets qui le rapprochent du ciel et la dévotion fervente à Marie. Dans la montagne, écrit-il à son ami Marco, il contemple « dans cet air pur, la grandeur du Créateur ». Pier Giorgio fabrique ses chapelets avec des graines qu’il fait pousser, et il l’use à force de rosaires quotidiens ! Une de ses amies témoigne que « La Sainte Vierge ne refusait rien à son enfant bien aimé ». C’est dans cet environnement montagnard et sportif – véritable école de vie spirituelle – qu’il trouve les images qui nourrissent sa vie entière. Ainsi de la devise qu’on lui attribue, écrite sur la photo de sa dernière ascension : verso l’Alto ! Vers le haut ! Pier Giorgio, déterminé et volontaire, vise les sommets. Ainsi confie-t-il à une amie qu’il aide à parvenir à un sommet : « Le premier d’entre nous arrivé au paradis aidera l’autre à monter ! ».
L’eucharistie avant tout
Ce désir du Ciel se nourrit d’une vie eucharistique intense. Depuis l’âge de dix-sept ans, Pier Giorgio communie tous les jours. Hors de question de partir en randonnée un dimanche sans avoir participé à la messe, fût-elle célébrée à 5 heures du matin !
La charité intégrale
Dès son plus jeune âge, Pier Giorgio manifeste une grande charité : une mère pauvre sonne à la porte de leur domicile avec son enfant dans les bras, Pier Giorgio qui n’a pas dix ans, donne ses bas et ses chaussures !
La conséquence de cette proximité avec Jésus, c’est une charité qui déborde de tout son être. Peut-être est-ce la lumière principale qui émane de lui et là que Jésus transparait le plus ! “Jésus, dans la communion, me fait une visite chaque matin, et, moi je la lui rends selon mes misérables moyens : en visitant les pauvres”. Dans le Turin des années 20 qui a vu affluer nombre d’ouvriers pour l’industrie automobile, Pier Giorgio se donne tout entier, et procure aux familles ce dont elles ont besoin (bons de provisions, charbon, bois, chaussures et habits neufs pour une première communion, livres pieux…). Il touche par son large sourire, sa chaleur humaine et sa très grande simplicité. Il passe du temps à visiter les malades, dont des enfants, à l’hôpital du Cottolengo.
Une joie contagieuse !
Dans ses rencontres, Pier Giorgio fait l’expérience du Christ: “Autour des malades, autour des malheureux, je vois une lumière particulière, une lumière que nous n’avons pas”. Et lui diffuse sa joie partout où il passe, il s’en fait un devoir : “Toujours joyeux ! Un catholique ne saurait manquer de gaieté ; la tristesse doit être bannie des cœurs catholiques”.
Des amitiés fortes Il fonde avec ses amis proches la Compagnie des Types louches. Un groupe sain de jeunes hommes et jeunes femmes qui ne veulent pas se prendre au sérieux mais s’élever ensemble vers le bien – comme en cordée : excursions en montagne, bons repas, partages littéraires, maraudes, chapelet… !
« Il vivait vraiment »
Pier Giorgio touche les cœurs de ses contemporains parce qu’il « vit vraiment ». Il ne vivote pas et ne perd pas une miette de son temps : il a une vie pleine, équilibrée, donnée, joyeuse. Il est engagé religieusement dans différents mouvements, il rejoint le tiers-ordre dominicain. Il s’engage socialement. Il participe aussi à la vie politique.
Etudes et vocation
Point de vue vocation, Pier Giorgio ne désire pas être prêtre mais veut annoncer l’Evangile dans la vie laïque, par la proximité avec les mineurs, ceux qui sont privés de la lumière du jour, une situation qui le touche profondément : voilà son rêve missionnaire ! Il aspire ainsi à devenir ingénieur des mines et étudie à Polytechnique à Turin. Les études lui coûtent beaucoup, il doit faire beaucoup d’efforts et demande souvent la prière de ses amis pour rester à sa table de travail ! Mais il y arrive petit à petit !
Ses dernières années
Dans ses dernières années, Pier Giorgio traverse de lourdes épreuves qui le font beaucoup souffrir mais cela ne l’empêche pas de continuer à se donner ni de diffuser sa joie. Dans quartiers insalubres de Turin, il contracte une poliomyélite foudroyante qui l’emporte en une semaine. Il meurt à l’âge de 24 ans, le 4 juillet 1925. Une foule immense de pauvres afflue à son enterrement, à la grande surprise de ses parents, qui n’avaient pas perçu cet aspect de sa vie ! Sa vocation, il l’accomplit donc au Ciel, et aujourd’hui, il nous aide à monter et nous remet sur le sentier de la sainteté lorsque nous glissons ! Il est aussi celui qui nous rejoint dans l’obscurité de l’épreuve pour nous transmettre la lumière de l’Espérance.
Pier Giorgio Frassati sera canonisé le 3 août 2025.
P. Erwan Barraud